Sensibilisation
Pourquoi votre parent dit « ça va bien » alors que non
« Ça va bien » de la part d'un parent vieillissant est rarement à prendre au pied de la lettre. Voici ce que ça cache le plus souvent, et les questions qui dépassent ce mur.

Dimanche après-midi, vous appelez. « Allô maman, comment a été ta semaine ? » Elle dit « Oh, ça va bien. » Deux secondes. Aucun détail. La même réponse que dimanche dernier et le dimanche d'avant. Vous demandez si elle a dîné. « Mm-hm. » Vous demandez si quelqu'un est passé. « Pas vraiment. Je vais bien. »
Vous raccrochez mal à l'aise sans savoir exactement pourquoi.
« Ça va bien » de la part d'un parent vieillissant est l'une des phrases les plus porteuses dans la relation d'aidance familiale. Elle ne décrit que rarement littéralement comment il ou elle va. Elle fait habituellement un autre travail, souvent un travail qu'il ou elle ne se rend pas compte de faire. Une fois que vous pouvez entendre ce qu'elle couvre, les conversations deviennent plus faciles et les choses qui comptent vraiment se repèrent plus tôt.
Ce billet, c'est ce que « ça va bien » cache le plus souvent, pourquoi les parents l'utilisent, et les questions qui dépassent réellement ce mur.
Ce que « ça va bien » veut vraiment dire
« Ça va bien » n'est presque jamais un compte rendu littéral. C'est un élément d'architecture sociale que votre parent utilise depuis des décennies, qui fait habituellement plusieurs travaux à la fois.
Les aînés sous-déclarent les problèmes à leur famille à des taux remarquablement constants. La recherche sur la psychologie de l'autonomie dans le vieillissement est sans ambiguïté : se sentir maître de sa propre vie est psychologiquement central pour le bien-être des aînés, selon une revue intégrative 2021 sur l'autonomie en soins aux aînés. Admettre un problème peut sembler, pour votre parent, abandonner une partie de cette maîtrise.
Ajoutez deux couches culturelles et générationnelles. La plupart des Canadiens de 70 ans et plus ont grandi dans une culture où la plainte était considérée comme une faiblesse, surtout devant la famille. Plusieurs ont aussi été élevés selon un modèle de communication plus stoïque où « ça va bien » était la réponse polie par défaut, peu importe ce qui se passait dessous. La dérobade n'est pas de la manipulation. C'est de la mémoire musculaire.
Quand votre mère dit « ça va bien », elle peut donc vouloir dire l'une de plusieurs choses :
- Je vais bien physiquement et tout le reste aussi.
- Je vais surtout bien, mais quelques choses me dérangent.
- Je ne vais pas bien, mais je ne veux pas t'inquiéter.
- Je ne vais pas bien, mais je ne veux pas l'admettre.
- Je ne sais pas trop comment je vais et la question est trop difficile à répondre d'un seul souffle.
Votre travail n'est pas de craquer le code en un seul appel dominical. C'est de poser de meilleures questions sur le long arc de la relation pour que la vérité ait une chance de passer.
Les cinq choses que « ça va bien » cache le plus souvent
1. « Je ne veux pas t'inquiéter »
La plus fréquente. Votre parent vous a vu gérer un emploi, des enfants, votre vie. Il ou elle ne veut pas ajouter un souci à votre liste. Alors elle répond « ça va bien » avant même de vérifier comment elle va vraiment. La dérobade est aimante. Elle est aussi, souvent, la source des crises tardives les plus évitables.
Indice : elle répond vite et change rapidement de sujet. Pose des questions sur vous avec une énergie qui ne colle pas à sa propre description.
2. « Je ne veux pas me l'avouer à moi-même »
Étroitement liée. La pensée « quelque chose change en moi » est la plus dure à supporter pour la plupart des aînés. Dire « ça va bien » à voix haute, c'est en partie le dire vers l'intérieur. La phrase fait de la régulation émotionnelle, pas du rapport.
Indice : elle dit « ça va bien » avec une emphase supplémentaire, souvent suivie d'un commentaire sur quelqu'un d'autre qui a pire.
3. « Je n'ai pas les mots »
Certains changements ne se prêtent pas à une réponse rapide. « Mes amis sont tous partis ou ont déménagé et les journées semblent plus longues qu'avant » est vrai pour beaucoup d'aînés canadiens, mais extrêmement difficile à condenser dans un appel téléphonique. « Ça va bien » peut vouloir dire « la vraie réponse est trop compliquée ».
Indice : elle se tait après le « ça va bien », au lieu de poursuivre la conversation naturellement.
4. « J'ai peur de ce qui suit »
Si elle nomme un problème, elle a peur que la solution soit quelque chose qu'elle ne veut pas : une visite chez le médecin, un étranger chez elle, une conversation sur la fin de la conduite, un déménagement. « Ça va bien » protège le statu quo. Le coût, c'est que le problème ne reçoit pas d'aide tant qu'il n'est pas plus gros.
Indice : elle change de sujet quand des suggestions ressemblant à de l'aide arrivent. Dit « ne fais pas tout un plat » ou « je vais m'arranger ».
5. « Je vais bien à cette seconde précise »
La temporelle. Votre mère peut aller bien dans le moment littéral de l'appel (assise avec un thé, dans un fauteuil familier) sans aller bien sur l'ensemble de la semaine (mangeant une fois par jour, dormant mal, ne voyant personne). L'appel téléphonique saisit une tranche. « Ça va bien » dans cette tranche peut être à la fois vrai et hors de propos.
Indice : elle répond « ça va bien » avec entrain le dimanche, mais le motif sur plusieurs appels suggère le contraire.
Après deux ans de conversations avec des enfants adultes sur exactement ce moment, le fil conducteur que j'entends, c'est que chaque famille à qui j'ai parlé pouvait nommer le dimanche précis où elle a réalisé que « ça va bien » avait cessé d'être littéral. La réalisation arrivait habituellement plusieurs mois trop tard. Les questions ci-dessous sont surtout un argument pour le remarquer plus tôt, au troisième ou quatrième appel, pas au vingtième.
Les questions qui dépassent le mur
Cessez de demander comment elle va. Commencez à demander précisément ce qu'elle a fait. L'information vit dans les détails, et votre parent n'est pas entraînée à esquiver les détails comme elle est entraînée à esquiver « comment vas-tu ».
Posez les trois questions ennuyeuses, chaque jour
L'appel de cinq minutes que nous recommandons dans notre guide d'accompagnement à distance couvre cela en profondeur. La version la plus courte : posez les mêmes trois questions à la même heure chaque jour :
- Comment as-tu dormi ?
- Qu'as-tu mangé aujourd'hui ?
- Que fais-tu cet après-midi ?
L'objectif n'est pas les réponses. C'est le motif. Une parente qui décrivait normalement sa matinée et qui dit maintenant « rien » est un signal différent du même « rien » d'une parente qui n'a jamais été bavarde.
Posez « comparé à il y a un mois »
La dérobade fonctionne sur les absolus. Elle fonctionne moins bien sur les comparaisons. « Maman, comment vas-tu comparé à il y a un mois ? » donne une autre réponse que « comment vas-tu ». Elle doit réellement consulter le motif pour répondre, ce qui vous rapproche de l'honnêteté.
Posez des questions sur des personnes précises
« As-tu vu Hélène récemment ? Comment était le café après la messe dimanche ? » Des personnes précises invitent des histoires précises. Les histoires portent plus d'information honnête que les autodéclarations directes.
Posez des questions de suivi, deux fois
« Bien » est une réponse à une seule question. « Dis-m'en plus » ou « qu'est-ce que tu veux dire par bien ? » non. Insistez une fois, doucement, puis encore une fois si la réponse reste vague. Deux suivis suffisent habituellement à dépasser le premier mur de dérobade sans que ça ressemble à un interrogatoire.
Demandez ce qu'elle attend avec hâte
C'est la question qui surprend le plus les familles. Si votre parent ne peut pas nommer une chose précise qu'elle attend avec hâte la semaine prochaine, c'est un signal de solitude plus fort que n'importe quelle réponse à « comment vas-tu » qu'elle vous donnera. L'absence de contenu tourné vers l'avant dans sa semaine, c'est l'indice sous-estimé.
Si vous ne devez retenir qu'une chose
« Ça va bien » de la part d'un parent vieillissant fait plusieurs travaux en même temps. Le décoder, ce n'est pas la faire arrêter de le dire. C'est de poser des questions pour lesquelles elle n'a pas de réponse toute prête, de manière constante, sur des mois.
Le changement le plus utile, c'est de remplacer « comment vas-tu ? » par « qu'as-tu mangé hier soir ? » La précision contourne la mémoire musculaire. Le motif sur plusieurs semaines vous en dit plus que n'importe quelle réponse honnête ponctuelle.
Si vous ne faites rien d'autre cette semaine, changez la question.
Pour le guide approfondi sur les conversations qui suivent, voir notre comment parler à votre parent de l'idée d'accepter de l'aide. Pour les signes plus larges à surveiller, nos 10 signes que votre parent vieillissant se sent seul et ce qui arrive quand les aînés cessent de socialiser vont plus loin.
À propos de l'auteur
Daniel Olaleye est le fondateur de Halekin, un service canadien d'accompagnement qui jumelle les familles avec des Kin de confiance qui visitent leurs proches chaque semaine. Il écrit sur l'accompagnement à distance, le vieillissement chez soi et ce dont les familles ont vraiment besoin d'un compagnon. Joignez-le à founder@halekin.ca.