Sensibilisation

Épuisement quand on prend soin d'un parent : signes que vous avez vous aussi besoin d'aide

Environ 1 Canadien sur 4 qui offre des soins non rémunérés rapporte une santé mentale passable ou mauvaise. Voici à quoi ressemble l'épuisement et comment le distinguer de la simple fatigue.

Par Daniel Olaleye9 min de lecture
Une femme à lunettes assise seule à la table de la cuisine, bras croisés, regardant une tasse de thé

Vous vous êtes réveillé aujourd'hui sans avoir envie d'appeler votre mère. La vague de culpabilité est arrivée environ une heure plus tard. Puis une autre vague, plus difficile à nommer. Vous vous rendez compte que vous ne vous rappelez pas la dernière fois où vous avez ri sans penser à un truc sur votre liste.

Si vous prenez soin d'un parent vieillissant depuis un moment et que les mots ci-dessus vous frappent, vous êtes peut-être en territoire d'épuisement.

L'épuisement n'est pas une faiblesse. C'est un syndrome documenté avec une définition clinique, et environ un Canadien sur quatre qui offre des soins non rémunérés rapporte une santé mentale passable ou mauvaise comme conséquence directe, selon l'enquête Caring in Canada 2024 du Centre canadien d'excellence en aidance. Le billet qui suit, c'est à quoi ressemble vraiment l'épuisement, comment le distinguer de la fatigue ou de la dépression, et que faire avant qu'il ne vous coûte plus cher.

L'épuisement a une définition clinique

L'épuisement professionnel est un syndrome caractérisé par trois dimensions, selon la classification CIM-11 de l'OMS :

  1. Sentiment d'épuisement énergétique ou physique.
  2. Distance mentale accrue par rapport au rôle, ou sentiments de négativisme ou de cynisme à son égard.
  3. Sentiment réduit d'efficacité.

La définition de l'OMS porte techniquement sur l'épuisement professionnel. Mais le cadre de Maslach sur l'épuisement, que la définition de l'OMS suit de près, a été étendu en recherche aux contextes de soins familiaux, où les trois mêmes dimensions apparaissent chez les personnes qui prennent soin d'un parent depuis des mois ou des années.

Traduit dans le langage d'un enfant adulte qui prend soin d'un parent vieillissant : vous êtes vidé d'une manière que le sommeil ne répare pas, vous vous sentez plus loin de votre parent même si vous en faites davantage pour lui, et vous vous demandez si quoi que ce soit que vous faites aide vraiment. Si deux ou trois résonnent, vous n'imaginez pas. Ce que vous vivez a un nom et une vaste base de preuves.

Les chiffres canadiens

L'enquête Caring in Canada 2024 du CCCE a recueilli les réponses de plus de 3 000 Canadiens qui offrent des soins non rémunérés. Le tableau n'est pas subtil :

  • 1 Canadien sur 4 dans ce rôle rapporte une santé mentale passable ou mauvaise.
  • 47 % se sentent fatigués, 44 % inquiets ou anxieux, et 37 % débordés comme conséquence directe de leurs responsabilités de soins.
  • La charge moyenne quotidienne de soins est de 5,1 heures, soit plus de 30 heures par semaine, à peu près l'équivalent d'un emploi à temps plein.
  • La moitié ont vécu un stress financier au cours de la dernière année à cause des soins ; 22 % ont dépensé plus de 1 000 $ par mois de leur poche.
  • 80 % ont dit que du counseling et des soutiens en santé mentale gratuits les aideraient, et les femmes et les Canadiens de 25 à 44 ans étaient les plus susceptibles d'en vouloir.

Ces chiffres décrivent une réalité structurelle, pas un échec personnel. L'épuisement que vous ressentez peut-être ne se produit pas dans le vide. C'est le résultat prévisible d'un déficit de travail non rémunéré qui retombe de manière disproportionnée sur les femmes, les personnes de 35 à 64 ans et les familles canadiennes immigrantes.

Six signes qui veulent dire stop

L'épuisement se manifeste dans le corps, l'esprit, les relations et le travail lui-même. Six signes précis à surveiller chez vous.

1. Vous êtes fatigué d'une manière que le sommeil ne répare pas

Une semaine normale chargée vous laisse fatigué. L'épuisement vous laisse fatigué le lundi matin après une fin de semaine calme, et la fatigue ne répond plus au repos comme avant. Si une fin de semaine complète ne vous fait pas sentir nettement mieux, c'est en territoire d'épuisement clinique, pas simplement de basse énergie.

2. Vous ressentez du ressentiment envers la personne dont vous prenez soin

Vous aimez votre mère. Vous ressentez aussi des éclairs soudains et étonnants de colère quand elle appelle. Le ressentiment est une information, pas un défaut de caractère. Cela signifie habituellement que la configuration structurelle de la relation de soins a cessé de fonctionner pour vous, même si personne ne l'a changée. La colère envers un parent que vous aimez est l'un des signes d'épuisement les plus courants et les moins discutés.

3. Des trous de concentration et de mémoire qui n'arrivaient pas avant

Vous oubliez des choses que vous retiendriez normalement. Vous n'arrivez pas à rester avec un livre. Vous relisez le même courriel trois fois. La bande passante cognitive est une ressource finie, et le stress chronique la consomme plus vite que vous ne pouvez la recharger. Les oublis ne sont pas une démence précoce. C'est le cerveau qui travaille sous une charge soutenue.

4. Retrait de vos propres proches

Vous cessez de répondre aux textos. Vous déclinez le souper où vous iriez normalement. Vous commencez à voir le fait de maintenir le contact avec des amis comme une obligation de plus. C'est le motif de retrait social qui s'aggrave : les gens qui remarqueraient que vous êtes en difficulté cessent de vous voir, et le système de soutien naturel se retire en silence.

5. Des changements de santé physique inexplicables autrement

Des maux de tête qui n'arrivaient pas. Des troubles digestifs. Du changement de poids dans un sens ou dans l'autre. Du sommeil entrecoupé ou non réparateur. Le corps est le premier à enregistrer le stress chronique et le dernier à récupérer. Si votre santé physique a changé dans la même période où vos soins se sont intensifiés, les deux sont presque certainement liés.

6. Perte de ressentis, pas seulement les tristes

Vous cessez d'éprouver du plaisir pour les choses que vous aimiez. Vous faites les gestes des soins mais ne ressentez rien. Vous êtes assis avec votre parent et vous réalisez que vous n'avez été présent dans aucune des dernières visites. C'est la dimension que Maslach appelait « dépersonnalisation » : un éloignement émotionnel. C'est souvent le signe le plus proche de la dépression clinique, et celui qui dit le plus clairement arrêtez maintenant.

Les signes ci-dessus n'ont pas besoin d'être tous présents en même temps. Deux ou trois soutenus pendant quelques semaines suffisent pour justifier d'agir. Cinq ou six ensemble, surtout avec le sixième, c'est une conversation médicale, pas une conversation d'auto-aide.

Épuisement vs dépression : la ligne qui compte

L'épuisement et la dépression se chevauchent, mais ils répondent à des interventions différentes. Savoir dans lequel vous êtes change ce que vous faites cette semaine.

L'épuisement s'estompe habituellement quand les conditions qui le causent changent. Une charge de soins réduite, un véritable répit, un sommeil restauré et quelques semaines de moins de stress le déplaceront de manière concrète. La thérapie par la parole et une visite chez le médecin de famille aident.

La dépression est un trouble clinique qui ne répond pas aussi prévisiblement à la réduction de la charge. Elle implique souvent une humeur basse persistante durant des semaines, une perte d'intérêt pour ce qui apportait du plaisir (anhédonie), du désespoir, et parfois des pensées d'automutilation. La dépression nécessite habituellement un traitement médical : médication, thérapie structurée ou les deux.

Un épuisement non traité peut devenir une dépression, ce qui est une raison pour laquelle l'approche « attendre et voir » est le mauvais choix. Si vous vous reconnaissez dans les signes ci-dessus et que vous avez aussi des pensées que ce serait mieux sans vous, ou un sentiment de désespoir depuis plus de deux semaines, appelez votre médecin de famille ou écrivez au 9-8-8 (la ligne nationale canadienne d'aide en santé mentale en crise). L'épuisement se traite. La dépression se traite. Les deux sont plus faciles à traiter tôt.

Ce qui aide

Après deux ans de conversations avec des familles sur exactement ce moment, le geste qui compte le plus, c'est celui qui vous décharge pendant quelques heures. Trois choses, par ordre de force des preuves.

Réduire la charge, même temporairement. C'est la seule intervention avec des preuves solides spécifiquement contre l'épuisement. Faites venir du répit (un Kin, un roulement entre frères et sœurs, de l'aide payée, un voisin) pour cesser d'être la seule personne à gérer pendant quelques heures, puis une journée, puis une semaine. La littérature sur le répit est claire : du temps loin des soins réduit de manière fiable les marqueurs d'épuisement. La quantité de temps loin compte moins que de savoir si cela arrive jamais.

Parlez à votre médecin de famille. L'épuisement dans un contexte de soins familiaux est quelque chose que les médecins de première ligne canadiens reconnaissent. Ils peuvent écarter des contributeurs médicaux (thyroïde, apnée du sommeil, anémie, dépression), vous orienter vers de la thérapie, et dans certaines provinces, vous mettre en lien avec des programmes spécifiques aux aidants.

Protégez une relation d'ancrage. Le meilleur prédicteur de rétablissement dans la littérature sur l'épuisement, c'est d'avoir une personne avec qui vous pouvez être honnête et qui n'est pas la personne dont vous prenez soin. Cette personne peut être votre conjoint, un frère ou une sœur, un ami dans la même situation ou un conseiller. L'idée, c'est une personne. Pas cinq. Une conversation honnête constante, hebdomadaire, avec une personne qui vous voit comme plus qu'un rôle de soins.

Si vous ne devez retenir qu'une chose

Si deux ou trois des six signes ci-dessus vous accompagnent depuis quelques semaines, vous n'êtes pas en train d'échouer. Vous êtes épuisé, et la science est sans ambiguïté : la seule intervention qui fait réellement bouger l'épuisement, c'est de réduire la charge.

La chose la plus utile que vous puissiez faire cette semaine n'est pas un exercice de journal ou une appli de méditation. C'est le geste ennuyeux : faire entrer une personne fiable chez votre parent pendant quelques heures pour que vous puissiez cesser de gérer un moment. C'est ce changement qui amorce le rétablissement.

Pour les guides apparentés, notre billet sur la génération sandwich couvre la pression structurelle, comment parler à votre parent de l'idée d'accepter de l'aide couvre la conversation, et notre guide d'accompagnement à distance couvre le système autour de la semaine de votre parent.

À propos de l'auteur

Daniel Olaleye est le fondateur de Halekin, un service canadien d'accompagnement qui jumelle les familles avec des Kin de confiance qui visitent leurs proches chaque semaine. Il écrit sur l'accompagnement à distance, le vieillissement chez soi et ce dont les familles ont vraiment besoin d'un compagnon. Joignez-le à founder@halekin.ca.

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